Ce qui devait être une simple opération d’importation de véhicule depuis Dubaï s’est transformé en cauchemar pour Iromba Lidwine, fidèle d’une église pentecôtiste nigériane installée au Gabon. Derrière son histoire, un enchevêtrement troublant mêlant de prime abord abus de confiance spirituelle, réseaux d’escrocs, dysfonctionnements judiciaires et silences complices. Une affaire symptomatique d’un mal profond : l’instrumentalisation de la religion et la fragilité du système judiciaire face à la corruption et à la peur, si jamais tout ceci était corroboré par une décision de justice dûment établie.
« Je fais confiance à un pasteur parmi tant de pasteurs que je voyais depuis plus de dix ans dans cette église », confiait Iromba Lidwine sur le plateau de TV+, la voix tremblante mais déterminée. Comme beaucoup de fidèles, elle croyait en l’intégrité de son guide spirituel, A.E, présenté comme un homme de Dieu et importateur de véhicules depuis Dubaï.
C’est sur ses conseils qu’elle décide, en février 2024, d’acquérir un véhicule à l’étranger. Convaincue par la parole de son pasteur, elle suit ses directives, effectue des dépôts et se laisse orienter vers un certain L.F.M, présenté comme transitaire agréé. Mais très vite, les incohérences s’accumulent : absence de documents, refus de fournir le numéro du conteneur, factures incomplètes. À son retour à Libreville, alors qu’elle attend patiemment d’être contactée par le propriétaire du conteneur tel que le lui avait fait comprendre le partenaire du pasteur, elle découvre par hasard que le véhicule est bel et bien arrivé au Gabon, mais reste introuvable.Pire encore : après avoir découvert que son véhicule était déjà sur le territoire gabonais, le pasteur lui aurait réclamé plusieurs paiements, pour un montant total de 3 100 000 FCFA, dont 2,5 millions de francs CFA pour le dédouanement, 600 000 FCFA pour la surestarie, sans compter 70 000 FCFA par jour d’emmagasinage et 150 000 FCFA pour Interpol. « J’ai payé, sans jamais voir ni bureau, ni facture », assure la plaignante.Lorsque l’affaire éclate à la Brigade Sud, Iromba Lidwine découvre la vérité. Selon son récit, son pasteur aurait nié toute appartenance ecclésiastique. « J’ai été surprise lorsqu’il a déclaré qu’il n’était pas pasteur », témoigne-t-elle.
Poussée à bout, elle dépose plainte pour escroquerie et abus de confiance. L’enquête aurait révélé que le fameux transitaire ne serait pas connu des services des Douanes gabonaises.
Au fil des semaines, les pressions s’intensifient. L’enquêteur est muté, le dossier égaré, et les menaces se multiplient. « Le commandant voulait me faire signer des aveux que je ne reconnaissais pas », raconte Iromba Lidwine, évoquant une journée entière passée en garde à vue, la veille de Noël 2024.
Ce qui, pour elle, apparaît comme une arnaque prend des allures de scandale d’État lorsque la victime découvre que son véhicule, arrivé au port d’Owendo, aurait été dépoté sans autorisation et endommagé. Malgré les preuves, un premier procureur classe l’affaire : « Il n’y a rien de pénal dans ce dossier », lui aurait-on dit. « Madame, vous avez été naïve, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même, remettez cela entre les mains de Dieu ».
Une église silencieuse et des propositions douteusesSur TV+, la plaignante a tenté de ménager son église, déclarant que « l’église avait essayé de l’aider ». Pourtant, les faits semblent indiquer une autre réalité. Non seulement le pasteur incriminé a porté plainte contre elle pour diffamation, mais le pasteur national résident, censé défendre la vérité, aurait proposé une médiation jugée douteuse : qu’Iromba Lidwine renonce à ses droits en échange du versement de deux millions de francs CFA et du retrait de sa plainte.
Une proposition jugée « suspecte, tordue, voire totalement illégale » par plusieurs observateurs, puisqu’elle visait à relaxer un faux transitaire, L.F.M, présenté comme sénégalais, et à protéger l’un des leurs. Depuis, Iromba Lidwine vit dans la crainte.Elle affirme avoir reçu des visites inopinées, subi des pressions policières, et même un enlèvement temporaire de sa fille. Une descente aux enfers qui en dit long sur l’impunité dont bénéficieraient certains individus sous couvert de réseaux religieux ou sécuritaires.
« On m’a dit que j’ai été naïve, que je devais m’en prendre à moi-même », confie-t-elle. Une phrase terrible, symbole d’un système où la victime devient coupable et où la justice semble servir les plus forts.

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